Web3 en 2024 : entre désillusion et renouveau
Le Web3 traverse en 2024 une période charnière, oscillant entre les promesses non tenues de ses débuts tonitruants et l’émergence de nouveaux cas d’usage concrets. La France, acteur incontournable de l’écosystème numérique européen, joue un rôle de premier plan dans cette transformation, notamment grâce à l’essor fulgurant de l’intelligence artificielle qui vient redéfinir les contours de la décentralisation.
Le Web3 face à la désillusion post-crypto
Après l’euphorie des années 2021-2022, marquées par l’explosion des NFT et la folie spéculative autour des cryptomonnaies, le Web3 a subi de plein fouet un retour de bâton sévère. Les investisseurs particuliers, nombreux à avoir misé sur la promesse d’un internet décentralisé et souverain, ont essuyé des pertes considérables. En France, la Autorité des Marchés Financiers (AMF) a multiplié les mises en garde, tandis que le cadre réglementaire européen MiCA (Markets in Crypto-Assets) est venu structurer — et complexifier — un secteur jusque-là largement non régulé.
Pourtant, derrière ce tableau sombre, des signaux positifs émergent. Les entreprises françaises spécialisées dans la blockchain ont su pivoter, délaissant les projets purement spéculatifs pour se concentrer sur des applications à valeur ajoutée réelle : traçabilité des chaînes d’approvisionnement, identité numérique décentralisée, ou encore tokenisation d’actifs réels (Real World Assets).
L’IA comme catalyseur du renouveau Web3 en France
C’est sans doute la convergence entre intelligence artificielle et Web3 qui constitue l’évolution la plus marquante de 2024. Des startups françaises telles que Aléthéa AI ou encore des acteurs issus de Station F explorent activement la synergie entre agents IA autonomes et protocoles décentralisés. L’idée centrale : doter les systèmes d’IA d’une couche de confiance et de transparence que seule la blockchain peut offrir.
Cette dynamique s’inscrit dans un contexte plus large porté par la stratégie nationale pour l’IA, relancée en début d’année avec le rapport Benhamou et les annonces du gouvernement autour du plan France 2030. Avec plusieurs centaines de millions d’euros dédiés à l’IA, la France entend bien positionner ses acteurs du Web3 comme des leaders de cette nouvelle vague technologique.
Des usages concrets qui redonnent confiance
Parmi les cas d’usage les plus prometteurs identifiés en France en 2024, on distingue plusieurs tendances fortes :
- La DeFi institutionnelle : des banques françaises comme la Société Générale, via sa filiale Forge, continuent d’expérimenter les obligations tokenisées sur blockchain publique.
- L’identité décentralisée (DID) : plusieurs projets soutenus par l’État explorent la création d’une identité numérique souveraine pour les citoyens, en lien avec le portefeuille européen d’identité numérique (EUDI Wallet).
- Les DAO (Organisations Autonomes Décentralisées) : de nouveaux modèles de gouvernance d’entreprise émergent, intégrant des mécanismes de vote on-chain pour les décisions collectives.
- L’IA générative on-chain : des protocoles permettant de certifier l’origine et l’authenticité des contenus générés par IA voient le jour, répondant à un besoin urgent de lutte contre la désinformation.
La France, hub européen du Web3 augmenté par l’IA ?
La France bénéficie d’atouts indéniables pour s’imposer comme un hub européen du Web3 nouvelle génération. Son écosystème de startups deeptech, ses grandes écoles d’ingénieurs, et son cadre réglementaire relativement favorable (notamment grâce au statut PSAN — Prestataire de Services sur Actifs Numériques) constituent des leviers puissants. Paris, régulièrement classée parmi les premières métropoles mondiales pour la tech, accueille chaque année des événements majeurs comme EthCC (Ethereum Community Conference), qui renforce son rayonnement international.
Néanmoins, des défis subsistent. La fuite des talents vers des pays à fiscalité plus avantageuse, la complexité administrative liée à la réglementation MiCA, et la concurrence acharnée des écosystèmes américains et asiatiques restent des obstacles à surmonter. La clé résidera dans la capacité des acteurs français à combiner rigueur technologique, innovation responsable et attractivité internationale.
Conclusion : un renouveau sous conditions
Le Web3 en 2024 n’est plus le Far West spéculatif qu’il fut. En France, porté par la maturité de l’écosystème et la puissance nouvelle de l’intelligence artificielle, il entame une mue profonde vers plus de substance et de crédibilité. Si la désillusion a fait mal, elle a aussi opéré un salutaire tri naturel, ne laissant sur le terrain que les projets les plus solides. Le renouveau est en marche — il sera technologique, réglementaire, et surtout humain.




