L’informatique quantique s’emballe en ce début 2025
Le mois de janvier 2025 n’est pas terminé que l’informatique quantique fait déjà trembler les colonnes du temple technologique mondial. Entre annonces fracassantes de géants américains, percées françaises discrètes mais réelles, et course effrénée aux qubits, le secteur donne l’impression d’accélérer à une vitesse que même ses propres acteurs peinent à anticiper. Pour comprendre pourquoi tout le monde parle soudainement de « suprématie quantique » autour de la machine à café, il faut revenir sur les événements marquants qui ont jalonné ces premières semaines de l’année.
Google, Microsoft et le grand show du quantique
C’est Google qui a donné le coup d’envoi médiatique en présentant les résultats de son processeur Willow, annoncé fin 2024 mais dont les implications ont été largement débattues en janvier 2025. Ce chip quantique serait capable de résoudre en moins de cinq minutes un problème qui prendrait 10 septillions d’années à un superordinateur classique. Le chiffre est tellement astronomique qu’il en devient presque difficile à appréhender, mais il illustre concrètement le fossé qui commence à se creuser entre informatique traditionnelle et informatique quantique. Google affirme avoir franchi un cap décisif dans la correction d’erreurs, l’un des talons d’Achille historiques de cette technologie.
Microsoft, de son côté, n’est pas resté les bras croisés. La firme de Redmond a intensifié ses communications autour de son approche dite « topologique », qui consiste à utiliser des qubits d’un type particulier, théoriquement bien plus stables. Contrairement aux qubits supraconducteurs de Google ou d’IBM, les qubits topologiques de Microsoft reposent sur des particules de Majorana, encore largement expérimentales. L’entreprise a toutefois confirmé des avancées concrètes dans la fabrication de ces composants, laissant entendre une annonce plus formelle pour les mois à venir. La bataille des architectures est bel et bien lancée.
Et la France dans tout ça ?
On aurait tort de croire que la France assiste à ce spectacle depuis les gradins. Le Plan Quantique national, doté de 1,8 milliard d’euros et lancé en 2021, commence à porter ses fruits de manière tangible. Alice & Bob, la startup française spécialisée dans les qubits chats — un type de qubit particulièrement résistant aux erreurs — a confirmé en ce début d’année avoir atteint des performances inédites en termes de temps de cohérence. Concrètement, un qubit « chat » reste dans un état exploitable plus longtemps qu’un qubit supraconducteur classique, ce qui est fondamental pour réaliser des calculs fiables.
Parallèlement, Pasqal, autre pépite française basée à Massy, continue de s’imposer sur le créneau des qubits à atomes neutres. L’entreprise cofondée par des chercheurs de l’Institut d’Optique travaille avec plusieurs partenaires industriels européens sur des applications concrètes : simulation moléculaire pour la pharmacologie, optimisation logistique, modélisation financière. Ces cas d’usage, encore en phase expérimentale, démontrent néanmoins que le quantique ne se résume pas à une compétition de prestige entre laboratoires. Il s’agit d’une technologie qui cherche — et commence à trouver — ses premiers terrains d’application réels.
La menace cryptographique : le sujet qui inquiète les experts
Derrière l’enthousiasme, une ombre plane. Plus les ordinateurs quantiques gagnent en puissance, plus ils représentent une menace potentielle pour les systèmes de chiffrement actuels. La quasi-totalité des échanges sécurisés sur Internet repose aujourd’hui sur des algorithmes — RSA, ECC — dont la solidité est fondée sur la difficulté, pour une machine classique, de factoriser de très grands nombres. Un ordinateur quantique suffisamment puissant pourrait théoriquement briser ces protections.
Ce scénario, longtemps relégué à la science-fiction, est pris très au sérieux par les agences de sécurité. Aux États-Unis, le NIST (National Institute of Standards and Technology) a finalisé fin 2024 ses premiers standards de cryptographie post-quantique. En France, l’ANSSI (Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information) suit de très près ces développements et a publié des recommandations invitant les acteurs critiques — banques, hôpitaux, infrastructures d’État — à amorcer dès maintenant leur transition vers des algorithmes résistants au quantique. Une migration qui prendra des années, et qui doit donc commencer bien avant que la menace ne soit opérationnelle.
Un secteur à surveiller de très près en 2025
L’informatique quantique est l’un de ces domaines où l’on passe facilement du scepticisme à la sidération, parfois dans la même semaine. Les annonces de début janvier 2025 confirment que nous sommes entrés dans une phase d’accélération réelle, même si les ordinateurs quantiques universels et grand public restent encore loin. Ce qui change, c’est que les cas d’usage industriels commencent à se dessiner sérieusement, et que des entreprises françaises sont parmi les acteurs les mieux positionnés au niveau mondial sur certains segments clés.
Pour les profanes, retenez ceci : l’ordinateur quantique ne va pas remplacer votre PC de sitôt. Mais il pourrait, d’ici quelques années, résoudre des problèmes que nos meilleurs superordinateurs actuels sont incapables de traiter — découverte de nouveaux médicaments, optimisation des réseaux électriques, modélisation du changement climatique. Et la France, souvent absente des grands récits technologiques dominés par les États-Unis et la Chine, est cette fois-ci dans la course. C’est une information qui mérite d’être connue.




